Johanna Hernandez, cheffe de chœur.
La musique, sa passion totale et exclusive

Elle en a fait du chemin, Johanna Hernandez. Physiquement, tout d’abord, pour venir de son Venezuela natal jusque sur la rive du Léman. Musicalement, ensuite, puisque, après des études poussées de violon classique, elle est aujourd’hui la directrice romande de cinq ensembles vocaux.

A commencer par Amérique latine en chœur, pont culturel du répertoire choral latino-américain en Suisse, qu’elle dirige ce week-end à Lausanne. «Nous allons interpréter des boleros, un genre né en Espagne au XIXe siècle. Mis à la sauce des pays d’Amérique latine, ils sont devenus des chants du désespoir, de l’amour contrarié. Très différents du Boléro de Ravel!»
Des sons du monde à la musique liturgique
Intelligente, vive et déterminée, la passion contagieuse, Johanna Hernandez travaille la musique du monde avec le chœur mixte L’Amitié d’Arzier-Le Muids, l’opérette avec les chanteurs du Chœur de Rivaz-Saint-Saphorin, des musiques liturgiques ou profanes avec deux chorales à Cerniat, dans le canton de Fribourg.
Indépendante, issue d’une lignée de femmes fortes, avouant «une peine à rester en couple» et revendiquant une solitude librement choisie, Johanna Hernandez a choisi de se dédier corps et âme à la musique. Elle a découvert son talent très tôt, dans sa ville natale, au Venezuela. La mer des Caraïbes et ses plages paradisiaques ne sont pas loin, la nature est exubérante, mais la fillette va se consacrer tout d’abord au piano puis au violon.

«J’ai accompagné le ténor italien Pavarotti au violon à 14 ans»

«J’ai eu la chance de naître dans un pays où les petits apprennent la musique grâce à un système assez génial, un réseau national d’orchestres d’enfants fondé en 1975 par José Antonio Abreu afin de mettre la musique à portée de tous. Ainsi, à 14 ans, je jouais du violon dans l’ensemble professionnel de Valencia, je touchais un salaire, j’ai accompagné le ténor italien Luciano Pavarotti! A 20 ans, j’avais déjà dix ans d’orchestre symphonique derrière moi.»

Trois cultures fusionnées

Son talent et son envie évidents, ses parents, qui n’étaient pas musiciens, l’ont soutenue, stimulée. «Nous étions entourés d’artistes, de danseurs. Le Venezuela fusionne trois cultures, européenne, africaine et sud-américaine.» Alors, outre le classique, la jeune Johanna s’intéresse à la musique populaire, à l’improvisation. Dès l’âge de 10 ans, elle fait ses propres arrangements. A l’âge des choix, elle renonce à des études de droit pour se consacrer à la musique. «Je ne voulais pas être musicienne à moitié.»

24 heures: mardi 22 novembre 2016
Gilles Simond Texte
ODILE MEYLAN Photo

Carte d’identité

Née le 23 novembre 1982 à Valencia (Venezuela).
Sept dates importantes
2000 à Caracas, devient l’élève de la violoniste française Virginie Robilliard.
2003 Commence ses études à Sion.
2006 Crée le quatuor à cordes Tango Sensations.
2011 Débuts dans la direction.
2014 Création suisse du concerto pour violon «Les 2 saisons des Caraïbes».
2015 «Misa criolla vénézuélienne» à la Fête fédérale de chant à Meiringen, avec trois chœurs romands et un alémanique.
2016 Six concerts dans le canton de Vaud avec le Chœur de Rivaz-Saint-Saphorin.

 

 

A 17 ans, elle part donc étudier et vivre à Caracas, où elle suit les cours de la violoniste française Virginie Robilliard. «Si mes parents m’ont donné des ailes, Virginie m’a appris à cultiver mon essence personnelle. En l’occurrence mon intérêt pour l’écriture et mon aisance dans la musique populaire, alors qu’elle-même venait du classique. Elle vivait alors au Venezuela et, hasard de l’existence, elle enseigne aujourd’hui à la Haute Ecole de musique de Lausanne.»

A l’époque, les questions de technique violonistique n’intéressent pas trop la jeune femme aux grands yeux bruns et aux longues mains fines, au tempérament d’exploratrice. «Je passais mon temps au piano, à accompagner des collègues», dans ce Caracas en effervescence musicale et culturelle.

L’effervescence de Caracas

Les choses vont changer en 2003, lorsqu’elle rencontre le Hongrois Gyula Stuller, premier violon solo de l’Orchestre de chambre de Lausanne et professeur à l’Académie Tibor-Varga de Sion, qu’une fondation vénézuélienne a invité à donner des cours. «Caracas est très bruyante, et je me suis mise à songer que ce pourrait être chouette de vivre dans un endroit calme où je pourrais me dédier à mes études.»
Elle passe les auditions, est admise à Sion et décroche les bourses qui vont lui permettre de poser ses valises en Valais. «Je me suis rendu compte après quelques jours que c’était là où je voulais être – dans le silence. J’ai été merveilleusement accueillie, par des Vénézuéliens de Suisse comme par des Valaisans. Gyula Stuller enseigne avec amour, et mon autre prof, Mirijam Contzen, m’a apporté sa rigueur et sa discipline durant les deux dernières années.»

Diriger et chanter, sa voie

Cela ne suffit pas encore à Johanna Hernandez, qui, après avoir tâté du jazz, découvre que ce qu’elle aime par-dessus tout, c’est diriger. Elle étudie la direction à la HEMU et entame des études de chant qui lui permettent de découvrir que son filet de voix peut se transformer en organe puissant et expressif. «Le chant, cette expression directe de l’être humain, sans intermédiaire, cela m’a libérée.» Une liberté que la Pulliérane n’a de cesse de transmettre, mettant son immense talent à la disposition des chanteurs amateurs. Et vous savez quoi? Ils l’adorent.
(Créé: 22.11.2016,)